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La méditation en contexte de travail

Dans quelle mesure la méditation peut-elle permettre de préserver nos ressources cognitives ? 

méditation lieu de travail

© Photo by Charanjeet Dhiman on Unsplash 

Nous sommes régulièrement soumis à des situations hyper-sollicitantes ou stressantes, en particulier dans un contexte de travail. La pratique de la méditation pourrait permettre de lutter efficacement contre le stress, notamment en permettant de déplacer notre attention des facteurs de stress, mais aussi en induisant des changements profonds et pérennes dans le cerveau et le corps.

            Récemment, la méthode MBSR (Mindfulness-based stress reduction), c’est à dire la méthode de réduction du stress reposant sur la méditation pleine conscience, offre un outil standardisé facilitant la dissémination de cette pratique dans le milieu médical et la comparaison entre études scientifiques.

            Les méta-analyses montrent ainsi un effet bénéfique de la méditation MBSR sur la santé mentale et physique : 8 semaines de pratique régulière améliorent notamment la qualité de vie, le sommeil, diminuent l’anxiété, les douleurs et la dépression, chez les personnes saines stressées ou présentant des pathologies variées [2].

            Plus généralement, la méditation pleine conscience a montré de manière répétée son efficacité dans la réduction du stress, réduction à la fois subjective et objective puisque les indices physiologiques de stress tels que la réponse hormonale en cortisol [4] sont modifiés.

            Enfin, la méditation pleine conscience favoriserait la régulation émotionnelle en nous permettant de nous entrainer à mettre des mots ou des images sur nos ressentis, ou encore à être activement à l’écoute de nos propres états émotionnels [5].

L’étude de l’activité cérébrale semblent montrer que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la méditation n’induit pas un simple état de relaxation mais un état actif favorisant la restructuration cognitive et l’apprentissage [3]. En effet, les différents types de pratiques méditatives induisent dès la première séance une augmentation des ondes alpha dans le cortex préfrontal, également vue durant l’éveil calme ou lors de certaines tâches attentionnelles.
Avec l’expérience, les personnes pratiquant la méditation montrent également une augmentation du rythme theta, normalement présent durant le stade léger de sommeil et la relaxation; mais aussi du rythme gamma, classiquement associé à une vigilance accrue et favorisant la plasticité cérébrale. Ces experts en méditation ont également un cortex plus épais en moyenne, suggérant une modification des structures cérébrales liée à la pratique.

            La méditation ne semble avoir, aussi loin que le permettent les études à l’heure actuelle, aucune contre-indication majeure. Cependant une récente étude s’est penchée explicitement sur la question des effets délétères de la méditation, et montre que des expériences désagréables sont en effet possibles bien que rares : épisode de psychose, anxiété, panique, remémoration d’événement traumatiques, etc. Ces expériences sont liées notamment à un état psychologique dans lequel les pensées négatives sont déjà fréquentes, la méditation n’est alors pas adaptée : il faut d’abord agir sur la source du mal-être pour une vraie efficacité, et cela nécessite parfois une prise en charge médicale ou psychologique [7].

            Si la méditation semble être un remède efficace, il ne faut pas oublier de s’attacher à comprendre les causes qui créent l’excès de stress et de pression au quotidien, et mettre en place des actions concrètes pour les réduire. Le risque étant, bien sûr, que la méditation ne soit qu’un pansement de plus sur le mal-être au travail.

Références : 

[1] T. Brandmeyer, A. Delorme, and H. Wahbeh, “The neuroscience of meditation: classification, phenomenology, correlates, and mechanisms,” Prog. Brain Res., vol. 244, pp. 1–29, 2019.
[2] P. Grossman, L. Niemann, S. Schmidt, and H. Walach, “Mindfulness-based stress reduction and health benefits: A meta-analysis,” J. Psychosom. Res., vol. 57, no. 1, pp. 35–43, Jul. 2004.
[3] J. Fell, N. Axmacher, and S. Haupt, “From alpha to gamma: electrophysiological correlates of meditation-related states of consciousness.,” Med. Hypotheses, vol. 75, no. 2, pp. 218–24, Aug. 2010.
[4] R. A. Heckenberg, P. Eddy, S. Kent, and B. J. Wright, “Do workplace-based mindfulness meditation programs improve physiological indices of stress? A systematic review and meta-analysis,” J. Psychosom. Res., vol. 114, no. May, pp. 62–71, 2018.[5] H.A. Wadlinger, D.M. Isaacowitz, “Fixing our focus: training attention to regulate emotion.” Pers. Soc. Psychol. Rev. 2011; 15: 75–102.
[6] H. J. Scheibner, C. Bogler, T. Gleich, J.-D. Haynes, and F. Bermpohl, “Internal and external attention and the default mode network,” Neuroimage, vol. 148, pp. 381–389, Mar. 2017.
[7] M. Schlosser, T. Sparby, S. Vörös, R. Jones, and N. L. Marchant, “Unpleasant meditation-related experiences in regular meditators: Prevalence, predictors, and conceptual considerations,” PLoS One, vol. 14, no. 5, p. e0216643, May 2019.

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